mardi 24 janvier 2012

Victimes


Quand elle était gosse, elle se faisait traiter de grande perche. On lui disait qu'elle était trop maigre et même les petites grosses en profitaient pour se foutre de sa gueule et voir ce que ça faisait de victimer quelqu'un pour changer. Elle s'en foutait, elle faisait son truc, elle venait en cours et elle savait où elle allait. Elle prenait son mal en patience.

Elle se disait que le seul anneau qu'un mec offrirait à Audrey, la grosse qui avait pété une chaise en s'asseyant et dont la pote avait pris les noms des mecs qui s'étaient foutus d'elle pour tous les envoyer au bureau de la CPE, serait gastrique. Elle lui avait répondu ça une fois et Audrey ne l'avait plus jamais emmerdée. Elle espérait que le petit reubeu qui, selon l'humeur du jour, se faisait appeler Afghan et/ou Emmanuel Chain à cause de son monosourcil finirait par se radicaliser, rejoindre les talibans et revenir tout faire péter d'ici quelques années. Quand elle lui a demandé quand est-ce qu'il comptait réaliser son propre attentat suicide, il a fermé sa gueule jusqu'à la fin de leur scolarité. Elle savait que le gros con au jean blanc qui allait tous les jours se faire défoncer dans les toilettes ne comprendrait jamais que ces mecs là n'étaient pas ses potes et qu'ils continueraient à l'éclater dès qu'ils en auraient l'occasion. Elle savait aussi que les mecs qui s'appelaient "fils de pute" entre eux ne le prenaient pas mal et elle en a eu la confirmation quand elle s'est aussi mise à les traiter de tous les noms et qu'il n'y a pas eu de représailles. Elle savait que quand ils se battaient à la sortie de chaque cours sans jamais y aller de main morte (comme quand ils se branlaient), c'était que pour jouer et tant pis pour ceux qu'avaient pas envie de jouer. Pour eux, c'était le carton rouge.

Elle savait que c'était le collège. Elle savait que les profs n'interféraient pas autant pour pas afficher le mec qui se faisait emmerder que parce qu'ils savaient que ça servirait à rien : les gosses seraient toujours des gosses. Elle savait que de toute façon, ça passerait. Celui pour qui c'est passé autrement c'est le petit qui se faisait traiter de pédé, qui regardait Glee, écrivait à Lady GaGa sur Twitter et qui racontait ses malheurs sur des forums It Gets Better à qui voulait bien l'entendre tous les soirs, a posté une vidéo comme des milliers d'autres du même genre pour ensuite se pendre de peur que les mecs du collège qui le traitaient de pédé comme ils la traitaient de pute tombent dessus et savent qu'ils avaient raison. Celui qui se faisait racketter par trois petites baltringues et se laissait faire parce qu'il croyait que tous les Arabes avaient des cousins et des grands frères a fini ici et là, fauché par un camion de livraison alors qu'il s'était dit qu'il pouvait rentrer chez lui en courant et qu'ils le rattraperaient pas vu que eux, ils pensaient à regarder avant de traverser. Et t'as la gosse trop grosse qu'a fini par en avoir marre et qui a cherché sur google "régime bruce wayne the machinist" et qui s'est mise à ne manger qu'une pomme et boire de l'eau pendant des mois jusqu'à voir ses dents tomber, ses cheveux foutre le camp et ses kilos revenir par intraveineuse alors qu'elle était à l'hôpital avec des gamines comme elle fantasmant sur les portes-manteaux ambulants des podiums qu'elle pouvait voir dans Vogue, Grazia et ELLE qui a réussit à énerver toutes les reunoies en les traitant de zouloues ghetto-chic pensant que ces gens là avaient toujours pas appris à lire. Faut se mettre à la page. Faut vivre avec son temps. Faut faire ce qu'il faut.

Elle avait pas de couilles mais avait fait comme si elle avait les plus grosses de la classe quand elle s'était retenue de jeter ces cons par la fenêtre, de leur casser sa chaise dessus ou de leur planter ses Maped dans le crane quand ils se foutaient de sa gueule. Puis comme prévu, c'était passé. Comme Rohff, on l'avait jamais rackettée. Il avait fallu tenir quatre ans mais elle avait tenu. Elle savait que ce serait pire après. Elle était devenue l'un de ces portes-manteaux ambulants pendant le lycée. Son métabolisme le lui permettait. Ceux qui n'avaient pas tenu le coup pendant le collège se seraient de toute façon foutu en l'air à leur premières règles pensant être en train de crever, pendant leurs années de lycée, à leur premier rateau, à leur premier licenciement, à leur premier divorce ou à n'importe quelle autre occasion. Elle pouvait bouffer ce qu'elle voulait sans avoir à se faire vomir : son corps s'en occupait pour elle. Paris, Londres, Milan, Tokyo, New York. Sa tronche en photo partout. Revanche mais ses chevilles n'enflaient pas. On pouvait pas en dire autant des couilles des mecs du collège qui la voyaient maintenant et regrettaient avoir un jour dit qu'ils ne la baiseraient jamais, pas même avec une bite volée. On s'était foutu de sa gueule mais elle avait répondu. C'était que des mots. C'était la guerre.
On sait que les mots sont des armes.
Des armes gratuites et à la portée de tous. (Sauf à celle du gang des muets de Chatelet.)
Qu'est que t'attends pour t'en servir, baltringue ?

0 commentaires on "Victimes"

Enregistrer un commentaire

Followers

 

My Blog List

Labels

Welcome

J'<3 pas tout (sauf les teen-shows et Michael Bay) Copyright 2008 Shoppaholic Designed by Ipiet Templates Image by Tadpole's Notez