dimanche 13 novembre 2011

La Couleur des Sentiments




Rocky donnait envie de devenir boxeur.
Point Break donnait envie de devenir surfeur braqueur.
La Couleur des Sentiments donne envie de devenir raciste.

On sait que ces histoires de tolérance, de racisme et de progrès sociaux adaptées de best-sellers du New York Times sont souvent aussi recommandables que de sentir au petit matin la couche d'un gosse s'étant oublié le soir d'avant. On sait que ce genre d'histoires, ça a marché une fois quand ça s'appelait To Kill A Mockingbird et que ça avait été écrit par Harper Lee et que passer après ça c'était comme se lancer dans le crime contre l'humanité après Hitler : t'aurais jamais le level.
Mais une meuf a tenté le coup. Je sais plus son nom. Elle a écrit The Help. Je sais pas quand elle l'a écrit et je veux pas le savoir. Ce qui m'intéresse là, c'est l'intérêt de nous infliger tel film en 2011. Si c'était sorti à l'époque à laquelle ça se passe, j'aurais compris le côté science-fictionnel du truc mais là, quand on a tous eu des cours sur le sujet, qu'on a tous étudié Strange Fruit de Billie Holliday et qu'on est au courant de tout : pourquoi nous infliger ça ?

Je veux dire par là qu'on nous vendait un film sur les inégalités raciales, les droits civiques et tout ce qui va avec. Un film léger d'après la bande-annonce, certes, mais dans un contexte plutôt lourd. Il faut savoir que la bande-annonce résume TOUT le truc en 2 minutes 30 quand il faut 2 heures et demie au film pour en faire autant. Film qui n'est au final qu'un spin-off de Desperate Housewives dans les années 60 teinté d'une esthétique de pub Uncle Ben's.
Et ça dure deux heures et demie. Cette merde c'est le Bad Boys II des bons sentiments et d'une espèce de vision fantasmée d'une certaine Amérique qui n'a jamais été comme ça. Un peu comme quand t'avais Deadwood après avoir eu les conneries de John Wayne. Sauf que là, on fait l'inverse, on a le film de béni oui oui en 2011 et on a eu les trucs plus nerveux y a vingt ou trente ans.
On assiste à une espèce de nostalgie bizarre de l'époque où ces bonnes mamas blacks élevaient les enfants des Blanches qui ne foutaient rien de la journée mais n'avaient pas le temps d'élever leurs gosses. Un aspect intéressant d'ailleurs. Mais utilisé comme ça l'arrange par le scénariste. Et ce film, c'est que ça, une malhonnêteté de tous les instants. Une course aux Oscars permanente. Une disgrâce totale. Les mecs n'hésitent jamais à sortir la scène ou la ligne de dialogue honteuse leur permettant d'appuyer sur les bons boutons.
L'histoire est une sorte de gigantesque mise en abyme de l'histoire de l'auteur qui a écrit le bouquin à la base de ce résidu de fausse-couche de scénar. On suit Emma Stone, tronche de mouton en option cette fois, qui fait une espèce de petite arriviste qui va utiliser les bonnes Noires pour "écrire" un livre qui n'est qu'une retranscription de leurs témoignages. La meuf dit qu'elle écrit bien mais elle fait que recopier ce qu'on lui dit. Elle sort son bouquin et se tire à la fin quand elle a un bon poste qui l'attend à New York. Une jeune femme moderne quoi : je profite des gens, je les tèj et je me casse.
Je vais pas tailler sur l'histoire en elle même ou la réalisation, n'importe quel téléfilm sur M6 est du même tonneau et suffit à faire mouiller les vieilles qu'ont lâché Les Feux de l'Amour et les femmes au foyer au chômage qui attendent quatre heures et demie pour aller récupérer leurs MST ambulantes expliquant que les seuls bons échos que vous aurez de cette merde seront émis par des bonnes femmes.

Là où le bat blesse vraiment c'est que le film se passe dans les années 60 dans le Sud des États-Unis soit l'endroit où il ne fallait pas être Noir. Le film nous parle d'un endroit super violent et tout mais il ne se passe rien. Le Ku Klux Klan qui était très actif à l'époque n'est qu'une légende urbaine à peine évoquée. Ces fameuses bonnes qui se faisaient violer et on en passe et des meilleures sont toutes des images d'Épinal d'oncle Tom faites femmes qui s'occupent des gosses et préparent de bons petits plats tout en vous vantant les qualités du poulet frit. Tous les clichés sont là. Tu peux faire un jeu à picoler devant ce film, t'es sûr de te payer un coma éthylique.
On évoque les lois Jim Crow. On évoque la ségrégation. On évoque tout ce qu'il y a à évoquer. On l'évoque comme les livres d'Histoire de 6ème évoqueraient l'Holocauste. C'est light. Le problème du film n'est pas tant de teinter son mélodrame de comédie ou l'inverse mais d'offrir une vision de l'époque assez déconnectée qui ferait sans doute bien chier beaucoup de monde.
La grande méchante du film est une raciste tellement outrancière et cartoonesque qu'on ne peut la prendre au sérieux. Les autres la suivent sans pour autant jamais être vraiment aussi méchants qu'elle. Comme si le racisme ordinaire et la violence latente des rapports entre Noirs et Blancs ne se limitait qu'à utiliser des toilettes séparées et être relégués au fond du bus. Un arrière-goût de "c'était pas si mal" se dégage du truc. La grande méchante qui fait sortir grandis tous les petits racistes ordinaires de l'époque parce qu'elle, c'est la vraie méchante. La grande méchante qui a elle aussi été élevée par une Noire mais à qui ça a été comme de pisser dans un violon et donc l'aspect cité plus haut est caduque et ne sert qu'à développer un perso, celui d'Emma Stone mais qui ne sert au final pas à grand chose dans la peinture du contexte de l'époque. Dommage.
On passe aussi sur les Blancs qui étaient eux aussi menacés quand on les voyait ne serait ce qu'être sympathiques avec des Noirs. Ici ce sera que des regards mauvais des voisines. Un film où le monde n'est qu'un gigantesque intercours dans un lycée de merde. Alors que c'est ça qui a fait avancer les choses : quand des Blancs se sont impliqués dans les Droits Civiques et se sont fait tuer par d'autres Blancs bien méchants, ça a réveillé les autorités qui se sont mis à écouter les Noirs qui dans le même temps avaient, pour certains, décidé de répondre à la violence par la violence. Cherche pas ça dans La Couleur des Sentiments, son titre gay te l'indique, t'y trouveras rien de bon.
On passe sur le rôle des hommes qui sont tous absents, ne se mêlent pas de ces histoires là et laissent faire. Je sais pas si c'est un grand délire féministe ou quoi mais bon, un film où le comble de la subversion c'est un GRAND ressort scénaristique basé sur une tarte au caca, c'est digne de Big Mamma.
Il faut juste savoir que ça dure deux heures et demie et que ça se prend au sérieux.
Faut assumer.

1 commentaires on "La Couleur des Sentiments"

Anonyme a dit…

Ça devrait être sur senscritique tout ça :)
z

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