mardi 19 octobre 2010

Au fond de la classe


En classe, y a toujours eu une frontière invisible, un mur des lamentations, une muraille de Chine infranchissable, une barrière qu'on sautait pas comme ça, y a toujours eu une séparation entre les premiers rangs et le fond de la classe. Okay, en maternelle, y en avait pas, la maternelle, c'était une gigantesque thérapie de groupe qu'a duré des années, je m'appelle untel, j'ai trois ans et je suis grave con. Je m'appelle unetelle, j'ai trois ans, je le sais pas encore mais dans dix ans, je serais enceinte. Moi, je suis machin, je saurais jamais lire, je serais mort avant. En maternelle, à part me foutre dans la merde parce que je disais des gros mots, pisser dans la cour avec un autre mec, faire chier les grands de l'école primaire d'à côté et j'en passe, je sais pas ce que j'ai appris hormis dessiner comme un con et écouter des histoires de chiens bleus ou de trois brigands. Après ça y a eu la séparation pendant des années avant de se retrouver à la fac où tu tombais sur des cours où toute la classe était le fond de la classe ou alors y avait que des suceurs. C'était plus souvent la deuxième option. Mais avant ça, y a eu l'âge d'or du fond de la classe.
Tout le monde sait ce qu'est le fond de la classe. Le fond de la classe faisait souvent peur aux bons élèves abonnés aux premiers rangs. Mais y avait aussi de bons élèves au fond de la classe. Pas les têtes de classe comme on disait, pas les suce-boules professionnels qui s'entraînaient déjà pour plus tard sans le savoir, nan juste les mecs comme moi qu'avaient de bonnes, voire très bonnes notes mais qui préféraient écouter slash participer à d'importantes conversations sur qui allait se faire défoncer, parler du film passé à Ciné Dimanche, des derniers jeux vidéos ou tout simplement faire chier le monde. Même les profs savaient la plupart du temps que c'était une zone franche et laissaient faire. C'était un peu la partie de la classe qu'était là sans être là. Un petit bruit de fond genre chaudière auquel on s'habitue. Dans le fond de la classe, t'avais des mecs qui de temps en temps arrêtaient de parler et écoutaient le cours, pourquoi, je sais pas, ils ont dû entendre un truc qui les a interpellés et voilà.
Dans les premiers rangs, t'es obligé d'écouter, tu peux pas dessiner sur ta feuille, tu peux pas faire autre chose en fait. T'es obligé d'être là, d'être à fond, de participer, d'être un bon élève quoi. Mais souvent des gens des premiers rangs étaient grave cons et c'était drôle quand au moment de rendre les notes arrivaient le moment du "Machine, trois sur vingt." et qu'il y avait toujours un mec du fond pour dire "la meuf elle suce le cours pour rien". Comme si le cours avait une bite et comme si la note dépendait de l'application avec laquelle on lui faisait honneur. Ce qui était vraiment drôle c'était de voir que les mecs qui suivaient pas le cours et qu'en avaient tellement rien à foutre qu'ils se cassaient même pas les couilles à tricher se retrouvaient avec des sept ou des huit sur vingt. Les mecs du fond de la classe sont pas les plus cons, loin de là, c'est juste ceux qui sont pas très fans de l'école et qui savent souvent ce qu'ils veulent faire après et ne sont que de passage ici et font ce qu'il faut pour y arriver. Je voulais étudier le ciné, je l'ai fait. Y en a un qui voulait faire des études de mécanique, il l'a fait. Dans un lycée dont la légende disait qu'il y avait des barbelés aux grilles. Ben c'était pas une légende. On voulait tous quitter le cours, on l'a tous fait.
Le fond de la classe, c'est comme le fond du bus, c'est là que se passent les choses. C'est là qu'étaient les vrais délégués. Les délégués nous rappelaient de faire signer tel ou tel papier pour une sortie, les autres décidaient de foutre la merde en un claquement de doigt et y avait pu de sortie. En troisième, on avait toutes nos chances d'aller au ski. Un truc qu'on te fait miroiter dès la sixième. Beaucoup de gosses ne se suicident pas rien que dans cette optique de la semaine au ski. Ben nous, une semaine après la rentrée, on a su qu'on n'irait pas au ski. Beaucoup avaient de toute façon pas envie d'y aller, le ski c'est nul, le ski ça pue la merde, nique sa mère le ski (ouais les sports ont des mamans) et voilà, on a été une des classes les plus rapidement de l'Histoire éliminées de la course au ski. Le fond de la classe avait parlé en foutant la merde en Espagnol, en Physique, en EPS, pratiquement partout. Le coup du ski annulé, ça en a fait chier beaucoup sur le coup puis on s'est rendus compte que c'était notre dernière année et qu'ils avaient plus rien pour nous menacer. Au final, alors que d'habitude deux classes partent au ski, une seule est partie cette année là. Une classe où y avait pas de fond de la classe, la classe des gens qui faisaient allemand, latin, italien bref la classe des gens qui voulaient vraiment travailler. La classe des suce-boules +++ où les mecs avaient tous des gueules de futurs présidents de l'UNEF - toujours un truc à dire, personne pour les écouter et tout le monde qui s'en bat les couilles de toute façon - et qui là, vivaient des années difficiles, très difficiles, à pas oser aller aux chiottes ni rien et parler de cartes Magic à la récré.
Le fond de la classe, c'est le seul endroit au monde où vous verrez deux mecs qui se sont côtisés pour acheter un grec ne pas s'asseoir à la même table, ouvrir la fenêtre pour masquer les odeurs et se passer le grec et croquer dedans dès que la prof d'Histoire qui nous avait traités de "sauvages puériles" en début d'année avait le dos tourné. C'est aussi le seul endroit où vous verrez un mec qui se faisait appeler Magic et dont la rumeur disait qu'il avait la vingtaine se mettre à pisser dans la classe tout en restant assis, impassible. Le seul endroit où vous entendrez dire qu'un mec s'est tranquillement branlé alors qu'il était assis à côté d'une meuf ne se doutant de rien. Le fond de la classe, c'est aussi le seul endroit où vous verrez un mec sortir un coupe-boulon un mercredi matin à 8h45 pour dire à un autre mec qu'il allait lui couper sa petite bite avec. C'est le seul endroit de la classe où vous pourrez passer le cours à murmurer le refrain du Maton Me Guette, pousser à la folie le mec de devant qui va se retourner pour gueuler que le maton va le défoncer mais n'en fera rien. Le fond de la classe, c'est les mecs qui chantonnaient Renard, chenapan, sacripant, coquet coquin quand la prof, Mme Renard, entrait dans la salle sous ses premiers jets de gomme.
Je vous ai dit que dans le fond de la classe les mecs avaient la flemme de tricher mais ils le faisaient quand même. Avec le recul, je pense que c'était plus pour le sport que pour la note. Les classeurs par terre, on tournait les pages avec les pieds. Le cahier sur les genoux. Le plus possible du cours reporté au critérium sur une règle en fer ou une équerre en fer qui servait le reste du temps à être jetée par terre pour faire chier le monde dans un moment de calme ou pour frapper des petits cons. Car parfois, entre le fond de la classe et les autres, c'était Colors. T'avais des meufs qui gueulaient "Mais y en a qu'ont envie de travailler ici." et ça partait alors en bruit de succion genre SLURRRRP ou "ta gueule, sale pute" ou "haaan, la suceuse". L'esprit du fond de la classe est un peu résumé dans cette vidéo.



Le fond de la classe en EPS, c'est les mecs qui demandent tout le temps si on peut faire foot, vont se faire foutre et décident alors de foutre la merde en se tapant pendant les cours de danse, poussent les gens qui font des cascades sur les barres asymétriques et tout ou mettent des coups de pied dans les pyramides humaines en acrosport. Une fois ça a fini que le prof a fait s'asseoir un mec sur le côté genre à genoux, en zazen comme au judo quoi, à rien faire, pas bouger, ni rien pour le reste du cours et le mec demandait qu'on lui amène des gens pour qu'il les défonce pendant que le prof avait le dos tourné. Le fond de la classe, c'est un lobby qu'a réussi à faire élire son propre délégué en 4ème. Délégué qui fut le premier délégué destitué de l'Histoire du collège apparemment. Le même fond de classe de 4ème qui a réussi à se faire interdire de CDI jusqu'à la fin de l'année au mois de mars. Le même lobby qui en troisième a élu Ben Laden comme sous-délégué. Le même fond de classe qui inventait des jeux à la con genre au printemps alors que les fenêtres sont ouvertes, on jette les affaires des autres dehors. Un mec a réussi à balancer une chaise. Il a dégoûté tout le monde du jeu car à moins de jeter une table ou quelqu'un, ça allait être dur de faire mieux alors on se trouvait un nouveau truc à faire.
Putain, le fond de la classe, c'était ça et j'aimerais bien y retourner.

Si cet article vous a fait sourire ou même rire, votez là, on va essayer de montrer à ces cons ce qu'on aime voir sur le Net ou ce qui nous amuse vraiment. J'ai aucune chance de gagner parce que je vais pas casser les couilles à spammer Facebook, Twitter et tout ce qui existe mais voilà, vous savez que je me suis inscrit à ça pour voir et voilà. En plus, on peut voter tous les jours je crois.
Voter pour J’<3>

0 commentaires on "Au fond de la classe"

Enregistrer un commentaire

Followers

 

J'<3 pas tout (sauf les teen-shows et Michael Bay) Copyright 2008 Shoppaholic Designed by Ipiet Templates Image by Tadpole's Notez