vendredi 3 avril 2009

There Will Be Milkshakes !


There Will Be Blood



Presque 3 ans se sont écoulés depuis l'annonce de la mise en chantier du nouveau film du prodige du cinéma Américain, Paul Thomas Anderson, qui s'est imposé en 4 films comme étant LE réalisateur à suivre. 3 ans depuis les premiers articles parlant de l'adaptation d'Oil! d'Upton Sinclair, gros activiste socialiste, un obscur roman de 1927, même pas traduit en Français à l'époque et traitant de façon romancée d'un gros scandale pétrolier de l'époque. 3 ans que l'attente s'est installée... Et elle a été récompensée. Au delà de la récompense même.
On pourrait parler de classique instantané mais le film n'a pas grand chose de classique... Hormis peut-être son postulat de départ qui est en gros de nous faire suivre, sur presque 30 ans, Daniel Plainview et son fils qui partent jouer au Monopoly pour de vrai avec des gisements pétroliers, à la place des bouts de plastique verts et rouges ainsi que du vrai fric, et pas la monnaie de singe du jeu. Ils se lancent donc dans cette partie avec tout ce qu'elle implique, c'est à dire qu'elle sera longue, qu'il y'aura de la triche, des coups de pute et du sang donc, pour les plus nerveux d'entre nous qui ne supportent pas de perdre. Et imaginez alors une partie de Monopoly à laquelle s'inviterait le Diable en personne, et vous serez encore loin du compte...



Daniel Plainview, interprété par Tom Sell..., euh Daniel Day Lewis qu'a gagné plus de prix qu'il y'en a dans un supermarché, est sans doute l'un des personnages les plus diaboliques que l'on ait pu voir sur les écrans de cinéma. Le mec le dit lui même, les gens le dégoûtent et il est là pour écraser ses ennemis et gagner du fric. Un paquet de fric. Même s'il ne sait pas quoi en faire. Il lui faut de l'argent. Dans ce pays, c'est comme ça. Daniel Plainview, l'homme qui nous apparaît pour la première fois, au fond d'un trou, dans la pénombre, travaillant d'arrache-pied, donnant des coups de pioche rageurs et s'enfonçant de plus en plus dans les ténèbres qu'il ne quittera que rarement. Il commettra les pires actes tout en réussissant à être drôle! A faire des commentaires sur de « loooongues pailles » ou des pipelines alors que niveau femmes, il n'a pas l'air de trop serrer. Et c'est ce qui est bien. On peut voir le personnage comme le Mal incarné dès le début ou alors être plus humaniste et penser que toutes les trahisons qu'il a subi ont fait de lui l'homme qu'il est à la fin... Les deux solutions peuvent s'appliquer, aucune ne nous est imposée. Le mieux étant que lorsque tout aura été fait et que tout aura été dit dans cette nouvelle étude des revers du rêve Américain par PTA, Plainview ne regrettera rien, ne la jouera pas rédemption ou quoi, il dira juste qu'il a « fini ». Après 2h30, il a fini tout ce qu'il avait entrepris, être riche, se retirer du monde, loin de l'Humanité qu'il méprise, détruit son ennemi mais aussi fini de manger. Il a fini. Il finit même le film. C'est dire son pouvoir.



A aucun moment PTA ne nous inflige un personnage féminin qui aurait représenté la pureté, l'espoir ou une connerie de ce genre... Ici, il n'y a rien de tout ça. Seule la noirceur prévaut. Et face à ce démon, pas de boy-scout, mais un quasi-reflet de lui en la personne d'Eli Sunday, prédicateur de l'Eglise de la Troisième Révélation et apparemment charlatan qui lui ne promet pas la richesse mais tout le reste aux gens. Le combat du Mal contre le Mal peut commencer. Un mensonge en rencontre un autre, et c'est parti. Les deux grandes Idées du film, la Soif d'Argent et la Religion, les deux mamelles de l'Amérique, et même du monde entier, se rencontrent, se haïssent, se combattent, s'associent plus ou moins pour arranger leurs intérêts mais jamais ceux du peuple et ne cherchent au final qu'à se détruire. C'est à ce combat qu'on assiste tout du long entre deux hommes qui se ressemblent au final plus qu'il n'y paraît, offrant des schémas très ressemblants... Les deux sont très à l'aise quand il s'agit de convaincre une foule... Ils sont chacun accompagnés dans leur mission: le diable Plainview est accompagné d'un angelot tandis que Dieu accompagne l'autre démon... Au final, Eli n'apparaît que comme une version rajeunie de Plainview, étant tout assoiffé d'argent et de contrôle sur son univers... Et les correspondances ne s'arrêtent pas là...

Le mensonge est au coeur du film. La tromperie. La duperie. Un exemple flagrant est celui de la femme de Daniel qui est morte nous dit il mais doit on le croire? Il sait vendre son mensonge aux pauvres gens qu'il escroque, pourquoi pas au public? De même lorsqu'il annonce, ivre de colère, à son fils, H.W, qu'il l'a adopté, est-ce la vérité, très soap-opera-esque, ou un reniement déguisé? Les raisons avancées sont plausibles, mais il avait vraiment de l'amour pour H.W. comme nous le montre la courte scène du train avec son fils encore bébé, et le doute peut alors s'instaurer et rester longtemps après la projection... Et ce n'est pas la seule zone d'ombre d'un film en recelant un paquet... Qui nous dit que le faux frère n'a pas assassiné le vrai frère pour lui voler son identité et profiter de la belle vie? De même pour tout ce qui concerne les frères Sunday qui laissent souvent à penser qu'ils ne pourraient faire qu'un: l'un jouant le rôle de l'autre ou simple schizophrénie. Des zones d'ombre qui s'installent et peuvent laisser l'imagination du spectateur vagabonder et se faire son film. Ce qui est cool. Pour une fois, on ne nous mâche pas tout le travail. De même pour le supposé message, ça parle peut-être de capitalisme, ça parle peut-être des USA qui sont allés faire un tour au Moyen-Orient, ça parle peut-être du danger que représente le fanatisme religieux mais ça parle peut-être de tout cela à la fois, et c'est ce qui est brillant. PTA lui même dit ne pas avoir voulu parler de quoi que ce soit en particulier, sans doute pour ne pas imposer UNE vision du film aux spectateurs. Spectateurs amenés à être « actifs »... C'est pas avec There Will Be Blood qu'on dira « Oh, j'voulais un film où y'a pas besoin de réfléchir. »...



On retrouve le thème cher à PTA qui est celui de la famille qu'il n'a jamais traité de façon aussi sombre et brutale... Alors que les personnages de ses autres films essayaient la plupart du temps de s'intégrer, (Dirk Diggler quittait sa vraie famille pour rejoindre la Grande Famille du cinéma X), de recoller les morceaux, (tout le monde dans Magnolia), ou encore de s'affirmer au sein de la famille, (Barry Egan face à ses innombrables soeurs), ceux de There Will Be Blood ne font que détruire toute idée de famille et restent désespérément seuls, tranchant radicalement avec les autres films du cinéaste qui se montraient beaucoup plus optimistes à ce niveau là... Ici la famille sert presque de faire valoir pour Plainview qui a juste besoin d'une personne, pas par amour, mais par nécessité, comme outil marketing presque, tandis que pour Eli/Paul, la famille ne sert que d'exutoire/défouloir quand les choses vont mal et que même Dieu ne peut rien pour lui... A croire que la paternité et l'arrêt de consommation de drogues nous ont montré le vrai visage du petit génie... En effet, comment ne pas penser à l'angoisse que peut éprouver PTA par rapport à son enfant lorsqu'il nous montre Plainview laissant son fils, encore bébé, de côté pour aller faire jaillir le pétrole, ou réaliser un autre chef d'oeuvre, vu la conception qu'a le personnage de son travail...

Pour tout le reste, en plus d'Eurocard et de Mastercard, il y'a toujours le talent éclatant de PTA qui continue sur la lancée qu'il a initiée avec Punch Drunk Love en imposant vraiment SON style et plus le style à la Scorcese de Boogie Nights ou le style à la Altman de Magnolia, mais véritablement le style PTA, même si beaucoup de choses peuvent faire penser à Kubrick. Il aurait pu choisir pire. Exit Jon Brion à la musique mais on retrouve des musiques « étranges » ressemblant à la musique à base de bruits qu'on pouvait entendre dans Punch Drunk Love. A part ça, tout est parfait, que ce soit les acteurs, la photo, le montage, tout atteint un niveau de maîtrise maximal et malgré sa longue durée, le film file d'une traite et paraît presque court. En plus de ça, un paquet de scènes qui vont faire date, surtout la dernière, qui va rester dans les mémoires... Un Chef d'Oeuvre. Et je dis pas ça comme les gitans disent que Le Seigneur des Anneaux est un chef d'oeuvre, là, c'est un vrai Chef d'Oeuvre. Mais est-ce une surprise de la part de Paul Thomas Anderson?

En résumé, PTA a bu dans les milkshakes à tout le monde.

J'ai fini.

10/10

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