vendredi 3 avril 2009

Nip/Tuck et l'oeuvre de Tod Browning


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Un vieux devoir fait à l'université. J'avais eu 16 quand même !

Tod Browning était un réalisateur Américain, spécialisé dans les films faisant la part belle à l’étrange, l’anormal et l’hors du commun. Surtout connu pour Dracula et Freaks qui le rendra persona non grata pour les majors Hollywoodiennes. Après ça, il a fait quelques autres films mais après son coup d’éclat, on ne lui faisait plus confiance, apparemment, célébrer la différence n’était pas du goût de tous. C’était surtout résolument original mais sans doute beaucoup trop dérangeant pour l’époque, sachant que même maintenant certains peuvent avoir du mal à appréhender un film comme Freaks. Un phénomène évoqué dans un épisode des Sopranos, University (S03E06), où une étudiante ne se remet pas de la projection du film...

Si des films comme Elephant Man de Lynch ont clairement rendu hommage à Browning, ou si on peut voir ici et là des emprunts comme dans la série télévisée Carnivàle qui suit un cirque itinérant composé de freaks, ou encore Little Man des frères Wayans qui reprend la figure du bébé angélique de The Unholy Three qui cache en fait un nain voleur de haut vol; au final, peu d’œuvres reprennent les idées et autres thèmes de Browning pour les réadapter ou les approfondir. Parmi elles, la série télé Nip/Tuck, créée en 2003 par Ryan Murphy, qui en est aussi le showrunner, (il supervise tout), et toujours en production.

Nip/Tuck raconte l’histoire de deux chirurgiens esthétiques de Miami, amis depuis leurs études. L’un, Sean McNamara, est père de famille tandis que l’autre, Christian Troy, profite de sa vie de play-boy célibataire. Si McNamara prend son travail au sérieux, Troy, lui, s’amuse, profite de la clientèle féminine et se lance dans des affaires douteuses desquels son ami le sort la plupart du temps. Sexe, frime et gore sont ce qui ressort toujours superficiellement du show mais des thèmes plus graves et sérieux qu’il n’y paraît sont abordés. Ce n’est pas seulement la série où il y a des « opérations dégueux », tout comme Freaks n’est pas seulement le film avec des vrais monstres, et nous allons voir pourquoi plus en détail.

Nous verrons en quoi la série affiche des points communs avec Browning que ce soit au niveau du mélodrame ou des personnages, pour étudier ensuite plus précisément l’un des thèmes communs aux deux œuvres, qui est celui du rapport entre le vrai et le faux et enfin, nous verrons de quelle façon le goût partagé des deux œuvres pour l’audace aura pu leur attirer les foudres de certains…


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Puisant son inspiration chez Charles Dickens ou encore Eugene Sue, Browning fut l'un des instigateurs du mélodrame à Hollywood. Le genre se caractérise rapidement par ce qu’en fait Browning, avec des personnages forts et originaux se retrouvant dans des situations invraisemblables qui ne peuvent que se finir mal, laissant la menace de la mauvaise fin planer tout le long. Ce qui fait le succès du genre réside apparemment dans l’esprit premier degré et sincère dans lequel les histoires sont traitées. La grandiloquence et l’excès faisant partie intégrante de la façon de raconter l’histoire, ils sont tout à fait à leur place. Browning s’est beaucoup illustré dans le mélodrame tout au long de sa carrière, n’ayant pratiquement fait que ça. Le genre est plus tard tombé en désuétude et est devenu une façon péjorative de désigner certains films ayant la main lourde sur les effets jusqu’à ce qu’arrive Nip/Tuck, qui sans en faire grand étalage, a remis le mélodrame au goût du jour en l’adaptant à notre époque et à un contexte particulier, celui du luxe, du sexe et du sang.

Souvent à deux doigts de sombrer dans le soap, la série reste toujours à la limite entre le mélodrame et le ridicule. Tout comme Browning qui allait très loin et restait très sérieux et prenant alors que sur le papier ses histoires paraissent fantaisistes, la série de Ryan Murphy fait de même en s’attelant à garder une certaine justesse dans les relations entre les personnages, dans le traitement des péripéties et dans le ton employé. Browning savait manier l’humour, mettant des jeux de mots aux bons moments, jouant même de façon comique avec les nerfs du spectateur en pleine scène à suspense. Il maintenait une sorte d’équilibre rappelant aux gens que ce n’était que du cinéma et qu’il fallait s’amuser un peu mais que c’était quand même du Cinéma et que c’était sérieux. D’un moment à l’autre, tout pouvait basculer et c’est ce que Nip/Tuck fait, alternant les scènes à l’humour le plus gras, aux répliques les plus vulgairement drôles que l’on puisse imaginer pour passer à une scène de révélations très dure pouvant stimuler l’affect émotionnel en un instant. Le maintien de cet équilibre entre lumière et ténèbres est ce qui fait la réussite de la série et qui a fait la réussite de Tod Browning en son temps.

Les personnages, que ce soit ceux de Browning ou de Nip/Tuck sont hauts en couleur et participent au maintien de cet équilibre. Ils sont étranges, excessifs mais vrais. La spécialité de Browning était de créer des personnages dissociés, qui ont donc plusieurs « personnalités » qui réagissent différemment à toutes sortes de situations, qui arrivent à se détacher de situations extrêmes mais tout en gardant prise avec la réalité. Ils ne se détachent pas totalement car une partie de leur personnalité est toujours là. En résumé, la personnalité est composée de plusieurs fragments différents qui bout à bout forment la personnalité de l’individu.

Les personnages de Browning sont comme cela, ils sont « plusieurs » en un. Alonzo, de The Unknown, est celui qui accumule dualité, duplicité et dissociation en plus de toutes ses pulsions qui peuvent s’extérioriser à tout moment… En plus d’être de véritables cas cliniques, ses personnages vont beaucoup par paires et sont amenés à rencontrer un troisième personnage, qui agit un peu comme l’antagoniste qui forcera les choses. Les relations sont souvent des triangles amoureux qui se résolvent par le départ du héros. On retrouve cela dans Nip/Tuck, que ce soit la psychologie des personnages ou leurs relations.

Elles sont la plupart du temps identiques à celles de Browning, une paire de personnages se retrouve confrontée à un troisième. Les deux docteurs se retrouvent face à leur antagoniste pour la première saison, le trafiquant Escobar Gallardo, qui les forcera à faire passer de la drogue dans des implants mammaires dont ils assurent la pose sur des jeunes filles. On a aussi le rapport de force des deux médecins face à leur patient qui peut alors créer un conflit entre les deux amis si l’un des deux refuse de l’opérer pour une raison ou une autre. Cela se traduit simplement par le champ/contre-champ médecins/patient qui devient une succession de plans où chacun défend son opinion. Le fil rouge de la série est d’ailleurs un triangle amoureux, entre Sean McNamara, sa femme Julia et son ami Christian Troy, toujours amoureux de Julia, et c’est un triangle qui ne trouve jamais de vraie résolution, étant toujours relancé d’une façon ou d’une autre. Les autres triangles amoureux se règlent plus vite et souvent dans le sang, dans la tradition mélodramatique, que ce soit par des suicides ou un bus arrivant d’on ne sait où mais qui écrase la bonne personne par exemple. De toute façon, les conflits de cette série se règlent très régulièrement dans le sang, puisque les patients, d’une façon ou d’une autre, se font opérer, et si l’opération rate chez les concurrents, McNamara et Troy sont forcés de compenser la mauvaise pratique de leurs « confrères » par leurs propres talents… Au final, l’élément perturbateur qui crée problème, finit soit par faire un mauvais choix, soit par rallier l’un des deux premiers à sa cause pour finalement prouver qu’il avait tort et ramener le status quo qui fait sortir « gagnante » du conflit la paire initiale.
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En ce qui concerne la personnalité des personnages de Nip/Tuck, on pourrait parler aussi de dissociation mais cela pose problème. De par leur nature de personnages de série télévisée, ils sont amenés à vivre beaucoup plus de choses que des personnages de films, et dans cette série, parfois qualifiée d’hyperdrama, ils vivent encore plus que les autres pourrait on dire. Le pire étant que lorsqu’on lit ce qui peut causer la dissociation chez l’individu, cela peut tout à fait s’appliquer aux personnages de la série car étant une série, on en apprend toujours un peu plus sur les personnages et donc, en plus du stress trop intense ou de la capacité de se dissocier qui peuvent être des facteurs déclencheurs, on peut ajouter l’expérience douloureuse dans l’enfance qui n’aurait pas été traitée correctement, et que bien sur chacun des personnages ont vécu, vu que petit à petit, au fil des saisons, on a appris des choses sur leurs enfances qui corroborent cela. En plus de cela, ils ont au fil de la série affiché plusieurs symptômes, (dépression, anxiété, panique, dysfonctions sexuelles, automutilation, etc), mais encore une fois, de par sa nature de série, Nip/Tuck offre beaucoup d’occasions à ses personnages se comporter ainsi et c’est seulement vue dans son demi ensemble, sachant que la série est toujours en production, que l’on peut arriver à ces conclusions sur les personnages qui après tout se tiennent et s’appliquent bien à eux. Les personnages de Nip/Tuck ont un autre point commun avec ceux de Browning, c’est celui de se prendre pour des génies du mal et de se lancer dans la préparation de plans machiavéliques, qu’ils croient infaillibles car ils pensent être plus malins que tout le monde mais échouent invariablement. Les personnages de Nip/Tuck tentent rarement d’essayer d’assassiner des gens mais, de la même façon que les personnages de Browning échouent à cause de mauvais choix, ceux de la série font de même. Entre la solution la plus sage et évidente et la solution risquée, ils opteront toujours pour la deuxième solution, comme s’ils avaient envie de se faire prendre. Comme les personnages de Browning, ils sont restés assez naïfs par certains côtés et ils croient toujours que cette fois là, cela se passera mieux que les trois précédents échecs lamentables.

De la même façon que Browning, qui reste dans le mélodrame et ajoute des éléments extérieurs comme le pseudo fantastique ou les histoires de truands, Nip/Tuck a dans son histoire surtout mélangé le mélodrame et le thriller. Si dans les deux premières saisons de la série, les touches de suspense étaient très diffuses, dès la fin de la deuxième saison et pour toute la durée de la troisième, le thriller est devenu partie intégrante de la série. Cette période coïncide avec l’arrivée du personnage qui a marqué la série en la personne du Découpeur, un maniaque, affublé d’un masque de carnaval vénitien à l’expression vide, défigurant et violant les gens trop beaux en leur laissant le message remettant en question les fondements de la série: « Beauty is a curse on the world. ». La présence de ce personnage, LE grand mystère à résoudre, crée en plus une menace constante car il a déjà attaqué les deux chirurgiens et menace de remettre ça s’ils continuent à soigner les gens à qui il grave un sourire sur le visage. Le mélange avec le thriller a offert à la série sa saison la plus noire et la plus désespérée à ce jour, et cela se ressent au niveau des thèmes abordés, dont celui de la douleur qui est très développé mais aussi au niveau de la réalisation. En effet, les éclairages sont beaucoup moins éclatants, il y’a très peu de scènes en extérieurs et Ryan Murphy avait exigé qu’il n’y ait que des couleurs neutres sur le plateau pour ajouter à cette sensation de noirceur, ou en tout cas trancher avec ce que l’on avait l’habitude de voir jusqu’ici et qui montre une volonté de renouvellement, d’expérimentation et de remise en question totale d’une série qui est assez rare dans le domaine des séries télévisées qui se contentent souvent de trouver la recette et faire durer le plaisir le plus longtemps possible. Bien sur cette saison fait partie des moins appréciées des téléspectateurs.


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Enfin il est impossible de terminer ce tour d’horizon des relations entre Browning et Nip/Tuck sans parler de la saison 4 de cette dernière qui est ce qu’ils ont du faire d’ouvertement plus proche de Freaks depuis le début de la série. En effet, l’histoire de la saison est la suivante: le docteur McNamara va avoir un fils, et l’échographie a révélé qu’il serait atteint d’ectrodactylie (maladie génétique se signalant par l’absence d’un ou plusieurs doigts, formant alors une pince. Aussi appelé symptôme de la pince à homard). Ils décident de garder l’enfant mais le docteur compte l’opérer très vite afin de réparer ça tandis que sa femme préfère attendre, surtout que la nurse qu’ils ont engagé, un nain, n’est pas favorable à l’opération et leur dit qu’il vaut mieux attendre tandis qu’il est de plus en plus attiré par la femme du docteur. Et c’est ainsi que la saison se développe autour de cette question: peut on changer les gens?

La comparaison avec Freaks peut être faite par le fait que cela y ressemble vraiment dans le traitement des freaks. En effet, tous ceux que l’on voit ont une vie normale, ont très envie de sexe, (sauf le bébé), et ne veulent surtout pas être pris en pitié, se moquant des gens osant le faire, comme dans cette scène où McNamara dit au serveur de son café qu’il est atteint du syndrome de Treacher Collins, (une maladie génétique se signalant par une malformation du crâne et surtout du visage), ce à quoi le jeune homme répond en se moquant de lui, « Oh non, c’est vrai? Vous croyez? ». Et nous verrons comme dans Freaks qu’ils peuvent vivre avec leur malformation et qu’ils ne veulent pas changer.

Le jeune atteint de Treacher Collins est à deux doigts de se faire opérer mais refuse lorsqu’il se rend compte de la lourdeur des procédures chirurgicales et surtout de la douleur qu’il devra supporter ensuite, de même pour le nain qui après avoir envisagé de se faire allonger les jambes de quelques centimètres refusera pour les mêmes raisons. Même le bébé n’aura qu’une main d’opérée, lui laissant alors le choix pour plus tard. Le message est donc très positif et l’amour des freaks, se ressent aussi ici même si bien sur ce n’est pas autant mis en avant que dans le film de Browning qui reste le film qui a fait le tour du sujet, mais on ne peut critiquer le fait de traiter du sujet, et surtout pas quand c’est effectué de cette manière évitant le misérabilisme et le pathétisme gratuit.

En cela, on peut à nouveau créer un lien entre Browning et la série de Ryan Murphy, qui en plus de reprendre plus ou moins les thèmes et les façons de faire de son aîné les met à jour et étend le domaine de réflexion à notre époque et à des sujets plus vastes comme nous allons le voir à présent.



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S’il est un point que la série partage clairement avec le cinéma de Browning, c’est bien celui de traiter des apparences. De faire la part du vrai et du faux, qui souvent s’entremêlent.

Dans les films de Browning, il est souvent fait une place importante à la place du faux. Que ce soit les faux vampires, les faux bébés ou les faux infirmes, il y a toujours du faux dans ses films. Tout est fait pour ressembler à un spectacle, les acteurs jouent des personnages qui jouent eux même quelqu’un d’autre. Souvent des artistes, ses personnages ne sont pas seulement en représentation lorsqu’ils sont sur scène mais tout le temps, au point de s’y perdre, comme Alonzo dans The Unknown qui vit vraiment comme s’il était infirme, sans s’en rendre compte car c’est totalement intégré en lui.

Il en va de même pour Nip/Tuck qui ne fait que parler d’apparences également.

Les patients viennent toujours pour changer ce qu’ils peuvent et cacher le reste, que ce soit une difformité, un défaut physique ou psychique. En effet, les temps ont changé et les gens n’ont plus à vivre avec ce qui les dérange chez eux. Le leitmotiv de la série, la question « Tell me what you don’t like about yourself? », (« Dites moi ce que vous n’aimez pas chez vous? »), posée d’un ton léger à chaque épisode au patient fait bien état de cela et ne laisse aucun doute au patient sur le fait que tout peut être modifié, soigné et/ou dissimulé. De la même façon que les personnages de Browning jouent constamment un rôle, les chirurgiens de Nip/Tuck offrent aux gens les moyens de jouer le rôle qu’ils se sont toujours rêvés jouer. Depuis le premier épisode de la série, avec la mannequin instable mais un peu trop vieille, Kimber Henry, qui deviendra l’un des personnages principaux de la série, opérée jusqu’à devenir le modèle parfait, (« A perfect ten. », le 10 en question étant la note de son physique), à l’homme qui se fait brider les yeux afin de plaire à la mère de sa fiancée Asiatique, dans l’épisode intitulé Kurt Dempsey (S01E05), « subtilement » renommé Les Yeux de l’Amour pour la version française. Tous les patients savent ce qu’ils veulent devenir et tous veulent donc en quelque sorte mentir, rendre leur vie/rôle plus intéressant et plus attirant aux yeux des autres.

A ce titre, les paroles du générique, A Perfect Lie par Engine Room, résument bien l’idée:

Make me beautiful, Fais-moi belle,

Make me… Fais-moi…

A perfect soul, Une âme parfaite,

A perfect mind, Un esprit parfait,

A perfect face… Un visage parfait…

A perfect lie. Un mensonge parfait.

Et c’est là l’effet recherché, affiché et rappelé à chaque épisode, à travers le générique, de la chirurgie esthétique: créer un mensonge parfait. Bien sur, la série ne joue pas les inquisiteurs et montre souvent des opérations qui ne sont pas seulement cosmétiques mais vraiment réparatrices et touchant à des sujets tabous, comme recréer artificiellement un clitoris après une excision, (Manya Mabika - S02E03), ou encore le sujet de la greffe de visage avec ce qu’il implique éthiquement et moralement dans Hannah Tedesco - S03E09.


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Une autre figure récurrente du cinéma de Browning est la scène de théâtre ou de cirque, c’est la scène de spectacle en général qu’il filme à de nombreuses reprises. C’est là que ses personnages deviennent experts dans la composition de leur autre personnage. On a même l’impression que la scène est l’ultime test pour ces personnages qui voient alors que si le public croit en eux, alors tout le monde pourra. Le personnage d’Alonzo passant tous les soirs pour un amputé aux yeux du public, il est normal qu’il finisse par ne faire qu’un avec son personnage de spectacle. La scène agit comme une sorte de moule pour ces secondes personnalités.

Dans Nip/Tuck, il n’est point question de scène ou de spectacle, du moins pas clairement, mais métaphoriquement, tout est là. Et dans la réalisation du show, tout est fait pour faire passer l’unique salle d’opération de leur clinique pour une scène de théâtre. Avec ses coulisses, sa scène donc et ses rituels. Le bloc opératoire est l’endroit où les deux personnages principaux peuvent faire l’étalage de leurs talents et c’est bien appuyé par tout le cérémonial qui précède l’opération en elle-même. Il n’est pas rare que des scènes se déroulent dans les coulisses de l’endroit, là, les deux héros discutent quasi-librement de leurs problèmes et du patient avant d’entrer dans le vif du sujet et d’aller opérer. La préparation, se laver les mains consciencieusement et se mettre en tenue font partie du rituel qui donne réellement aux opérations chirurgicales des allures de représentations théâtrales.

Vient ensuite l’entrée dans le bloc en lui-même où l’aide soignante apporte la touche finale à leur tenue, ils gardent les mains bien en évidence en l’air, un peu comme des démiurges prêts à manipuler le monde qui les entoure, puis un cd est lancé dans leur luxueux lecteur et l’opération commence. On peut remarquer que les plans de lancement de disque sont toujours les mêmes d’un épisode à l’autre, la variante résidant seulement dans le fait que parfois le disque est rouge et d’autres fois, il est affublé de notes de musique. Sans doute inconsciemment, ce détail ajoute au fait que tout cela ritualise les scènes d’opération avant même qu’elles commencent vraiment tout en faisant monter la sauce, le spectateur sachant qu’il va voir du sang et de la chair découpée, cela crée une sorte d’attente.

Le rituel continue même dans la salle d’opération, car en plus de la musique, ce qui lance vraiment l’opération est une petite phrase, pratiquement un équivalent des trois coups du théâtre annonçant l’imminence du spectacle, et qui est « Fifteen blade. », (« Lame de quinze. »), correspondant au scalpel qu’utilise toujours le Dr McNamara pour pratiquer la première incision sur le patient. La scène attendue par le spectateur commence et n’est par contre pas escamotée comme chez Browning qui dissimule souvent ou joue sur l’attente en ne montrant que plus tard ce qu’il a annoncé. Ici, on voit pratiquement tout, les chirurgiens/sculpteurs deviennent alors l’espace d’une séquence des artistes suivant une chorégraphie, un rythme, tel des danseurs. La musique de la séquence sert de base pour le montage fait selon elle, les plans s’enchaînent selon le rythme dicté par la chanson, donnant l’impression que l’opération elle-même n’est au final qu’une chorégraphie exécutée de main de maître dans un spectacle visant à créer un nouvel individu, et non pas un acte chirurgical demandant préparation, concentration extrême et précision.

La comparaison avec un spectacle ne s’arrête pas là, car les opérations se déroulent toujours comme prévu. Les docteurs connaissent leur texte et le récitent parfaitement, ils n’ont jamais de vrais défaillances lors des opérations. Si problème il y’a, et cela arrive très exceptionnellement, il viendra toujours de l’extérieur, que ce soit une intrusion dans la salle d’opération ou un problème avec le patient, comme cette femme portant en elle un fœtus calcifié depuis plus d’une dizaine d’années dans Joy Kringle - S03E13.La salle d’opération est au final bel et bien un espace scénique dans lequel s’expriment les deux chirurgiens et dans lequel ils font naître leurs « monstres ». La salle d’opération de Nip/Tuck est donc un lieu majeur de la série et il est traité comme tel, au fil de la série, la salle d’opération n’a jamais évoluée, hormis pour la cinquième saison en cours de diffusion aux USA puisque le cabinet déménage de Miami à Los Angeles, alors le décor change. Les personnages ou leurs tenues ont pu changer, le décor est toujours resté le même et a gardé son importance, même s’il n’a jamais été aussi imposant et majestueux que la salle d’opération, très expressionniste, de The Unknown, qui aura elle aussi été le berceau d’un homme nouveau, prêt à vivre une nouvelle vie avec deux bras en moins.


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Une histoire à peu près identique fut d’ailleurs dépeinte dans la série, dans l’épisode Jusqu’à ce que la mort nous sépare, (Ben White - S03E07), dans lequel Ben White, un homme parfaitement valide, vit comme un homme amputé d’une jambe et décide de passer à l’acte et se faire amputer pour de bon. A l’inverse du personnage de Lon Chaney, ici les raisons profondes sont loin d’être aussi romanesques et sacrificielles, mais, comme pratiquement toujours dans la série, ancrée dans une réalité médicale. Là, le personnage est atteint d’un trouble identitaire relatif à l’intégrité corporelle, un trouble reconnu et traité sérieusement même si très peu médiatisé et qui trouve dans la série un porte-parole sensibilisant le grand public à son sujet. Au sujet de ce trouble, un site: http://www.biid.org/basics.php?lan=fr qui montre que les scénaristes ont bien fait leurs recherches à ce sujet.

En tout cas, lorsqu’on lit les causes probables de ce trouble, elles pourraient pour certaines s’appliquer au personnage d’Alonzo. Il y’a par exemple « L’enfant ne se sent pas aimé et imagine qu’en devenant amputé, il pourrait attirer la sympathie et l’amour. Devenir une personne amputée lui semble présenter de gros avantages. » qui pourrait très bien correspondre au fond à Alonzo même si l’opération nous est surtout présentée comme étant bassement pratique, malgré qu’il vive déjà comme un amputé… L’autre raison qui pourrait s’appliquer à Alonzo est « Le désir est une manifestation externe d’un conflit interne non résolu » qui pour l’occasion correspond tout à fait au personnage, comme si tout couper, en plus de le disculper du meurtre qu’il a commis agirait comme une sorte de punition pour le même meurtre qui lui permettrait alors de pouvoir être avec celle qu’il aime. Si les raisons ne sont pas les mêmes d’une œuvre à l’autre, et encore, on peut y voir une volonté de contrôle total jusqu’à celui du corps autant chez Alonzo, que chez Ben White qui lui le dit clairement car il a la chance d‘être dans une série parlante à l'inverse d'Alonzo, héros de film muet. En tout cas la finalité est la même et l’histoire se résout dans le sang: Alonzo meurt, Ben White, n’ayant pas de médecin à faire chanter pour qu’il l’opère, se tire une balle dans la jambe et force alors les médecins à l’amputer prétextant que de toute façon il recommencera jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut. Le fondu au blanc final reste assez optimiste, ce procédé étant souvent utilisé pour accentuer la libération, l’éveil ou encore le nouveau départ, et crée une nouvelle différence entre la série de Murphy et l’œuvre de Browning. Si ce dernier est résolument très noir, Murphy l’est aussi mais un peu moins, offrant souvent à ses patients des fins heureuses mais réservant le pire à ses personnages principaux.

Tout comme Browning est d’inspiration baroque réservant, pour résumer, une place importante laissée à l’illusion et à la mort, Nip/Tuck reprend certaines traditions du baroque, comme celle voulant que de l’illusion ressorte la vérité. Tout comme la fin de La Marque du Vampire de Browning qui révélait l’assassin en rejouant une scène de meurtre, de la même façon que l’assassin du père d’Hamlet est démasqué, il arrive que les personnages de Nip/Tuck soient démasqués justement à cause de l’illusion qu’ils ont voulu créer en changeant leur corps. C’est en voulant faire semblant qu’au final, ils se trahissent comme on le voit dans l’épisode Kiki (S03E02), dans lequel les docteurs doivent opérer un gorille femelle afin de lui retirer ses cicatrices et la rendre ainsi attirante aux yeux du male qui sinon refuserait de s’accoupler avec elle, tandis qu’en parallèle, ils reçoivent un ex-membre de gang Latino qui vient pour se faire effacer ses tatouages, tandis qu’en même temps, le fils d’un des docteurs change d’apparence afin d’échapper à un gang de transsexuelles dont il a battu l’un des membres. Au final, les 3 histoires se résolvent dramatiquement car l’illusion n’est pas parfaite, on reconnaît toujours les gens: le gorille male s’est transformé en gorille tueur et a tué la femelle, (totalement Browning pour le coup, grand amateur d'animaux tueurs), le membre du gang et le fils se font administrer une correction par ceux à qui ils voulaient échapper. Tout comme le tueur de The Show dont le plan est contrecarré car le déguisement, et donc l’illusion, ne sont pas parfaits, les trois personnages de cet épisode de Nip/Tuck font face à la même leçon de façon plus ou moins brutale: si l’illusion n’est pas parfaite, le spectacle ne marchera pas et il faudra en subir les conséquences.


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Au final, on voit que Nip/Tuck exploite les mêmes thèmes que Browning, tout en les adaptant à notre époque et à un contexte très années 2000, où l’on voit surtout que ces idées de délimitation du vrai et du faux et de mise en abyme du spectacle, entre autres, restent toujours d’actualité. Et du côté de la réalité dans les deux œuvres, on peut voir que si elles sont souvent considérées abusives ou over the top, comme disent les Américains, elles sont en fait très ancrées dans la réalité et le quotidien, la différence étant le traitement « flamboyant » qui en est fait dans Nip/Tuck ou les films de Browning, souvent taxés d’être des films fantastiques alors qu’il a au final très peu touché au genre en tant que tel, mais a préféré jouer avec…



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S’il est bien une chose qui réunit Nip/Tuck et Tod Browning, c’est l’audace. Ryan Murphy et Tod Browning osent aller là où personne ne va et en tirer des histoires assez extraordinaires qui feront à coup sur réagir leur public et surtout leurs détracteurs. Ce qui est intéressant dans leur audace, c’est qu’elle n’est pas gratuite, ils ne donnent jamais l’impression de vouloir choquer juste pour le plaisir de choquer, même si on sent qu’ils s’amusent lorsqu’ils réalisent leurs œuvres. Il y’a un choix derrière chaque scène ou chaque idée « polémique », et le tout sert la plupart du temps le propos, car Nip/Tuck s’autorise parfois des écarts totalement gratuits que son créateur admet avoir inclus parce que cela l’amusait ou que cela paraissait être une bonne idée sur le moment.

Loin de porter atteinte au show, ces petits écarts peuvent être pris comme des portes de sorties ou une façon de souffler dans un scénario trop pesant ou demandant trop d’explications. En effet, au lieu d’ennuyer le spectateur dans de longues scènes explicatives, Ryan Murphy préfère souvent sortir la grosse artillerie scénaristique, aller très loin et lancer une nouvelle story line sans perdre de temps là où beaucoup d’autres séries préfèrent piétiner, sans doute à cause de leur mode de production les obligeant à tenir une vingtaine d’épisodes par saison, là où Nip/Tuck ne fait des saisons que d’une dizaine d’épisodes annuels, comme la quasi-totalité des séries du câble Américain. On retrouve d’ailleurs chez Murphy le même goût pour l’ellipse que chez Browning.

Nip/Tuck use et abuse du procédé, sans prévenir, ce qui exige un (petit) travail de réflexion de la part du spectateur qui doit très souvent recoller les morceaux ou imaginer ce qu’il s’est passé pendant les quelques semaines qui sont passées entre deux épisodes. Tous ces écarts scénaristiques servant à accélérer ou relancer l’histoire peuvent être vus comme les fameux animaux tueurs de Tod Browning, comme l’iguane tueur ou les gorilles tueurs, qui intervenaient dans ses scénarios lorsqu’il se retrouvait bloqué. Cela témoigne d’une grande liberté mais aussi d’une certaine audace, car il faut déjà avoir le courage d’écrire cela, avoir confiance dans l’usage de deus-ex machina scénaristiques, (lorsqu’un évènement totalement inattendu et peu plausible intervient pour débloquer une situation désespérée), mais aussi l’assumer lorsqu’il s’agit de tourner. Heureusement pour eux, ils se sortent bien de situations dans lesquelles certains se seraient empêtrés dans la série Z, mais comme dit précédemment, tout est question d’équilibre.

L’audace de la série, en plus d’adopter une écriture ne s’imposant aucune limite est d’être toujours à la recherche de tabous à explorer. Tout comme Browning, Ryan Murphy s’intéresse à des choses simples mais il ne peut pas les traiter simplement comme le feraient la plupart des scénaristes. Lorsque Browning, pour parler d’amour fou traite de l’amputation, Murphy, lui, pour traiter de relations mère/fille parle de « maricide », (l’enfant tue sa mère). Et quand il traite de cela, il ne le fait pas à moitié…


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Dans l’épisode Sal Perri (S03E12), où un crash d’avion a lieu et dans lequel est normalement la mère de Julia, la femme du Dr McNamara. Elles ont des relations conflictuelles et se sont disputées, et Julia apprenant la catastrophe, décide de se rendre là bas pour aider les survivants, en espérant que sa mère en fasse partie afin de parler plus raisonnablement avec elle. Julia commence à aider une femme qu’elle prend pour sa mère, lui parlant alors qu’elle est inconsciente et au final la tue. Tout cela pour retrouver sa mère, allongée sur son canapé lorsqu’elle rentre chez elle, posant alors la question de l’identité de cette femme qu’elle a tué… Et ajoutant par la même occasion le meurtre à un épisode déjà bien chargé en tabous et violences en tout genre. On peut donc vraiment rapprocher l’œuvre de Browning et Nip/Tuck pour cela, cette faculté à toujours essayer de traiter de sujets plus ou moins simples mais de la façon la plus forte possible. C’est cela qui les pousse à traiter de tous les sujets imaginables, que ce soit au niveau des pratiques et autres perversions sexuelles (nécrophilie, zoophilie, détournement de mineurs, inceste etc…), pratiquement toutes passées en revue pour au final ne parler que d’amour à chaque fois.

Sous ses quelques aspects fantaisistes, la série démontre aussi un sens très précis des réalités et ne verse jamais dans la science-fiction pour ce qui est des procédures médicales. Tous les cas présentés dans la série sont des cas cliniques et toutes les techniques utilisées sont toujours à la pointe de la recherche en chirurgie plastique. L’épisode de la greffe de visage en est la preuve sachant qu’il fut diffusé pour la première fois le 15 Novembre 2005 aux Etats-Unis et que la 1ère greffe de visage partielle fut réalisée en France le 27 Novembre de la même année et a été un succès, à l’inverse de celle dépeinte dans l’épisode.

Ce sont justement ces opérations qui au départ attirent les gens, car c’est ce qui a fait parler de la série, hormis le contenu sexuel très présent, les opérations sont montrées dans toute leur « splendeur ». En effet, la plupart des opérations montrées dans la série sont des opérations qui dans la réalité nécessitent beaucoup de préparation et qui en pratique durent environ quatre heures de travail. Chaque épisode n’a droit qu’à quelques minutes à consacrer à l’opération. Cela conduit donc les conseillers techniques de la série à sélectionner les moments les plus marquants et les plus sanglants de ladite opération et en faire part à l’équipe qui tournera la scène avec ces moments forts qui marquent la rétine.

Et le voyeurisme, n’est ce pas ce qui a toujours eu un effet autant attractif que répulsif chez les gens ? De la même manière que Freaks a sans doute attiré une grande partie de ses spectateurs par le fait qu’il montrait des monstres réels sans avoir à aller au cirque et faire de tours de manège, Nip/Tuck a attiré beaucoup de gens par ses aspects trash, vilipendés par les bien pensants. Les mêmes qui n’ayant vu que débauche chez Browning n’ont pas évolué 70 ans après et se montrent encore plus vindicatifs avec cette série puisque depuis sa mise à l’antenne aux Etats-Unis, ils n’attendent qu’une chose: son retrait de l’antenne, comme quoi les mentalités n’ont pas vraiment progressées et que les sujets dérangeants le restent.


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Au final, tout comme la cabale contre Freaks à l’époque, le scandale aura fait plus de publicité gratuite que de mal à la série, surtout quand ses détracteurs ont mis en avant des termes tels que « nécrophilie incestueuse », pour parler de l’épisode FrankenLaura (S04E06), où un psychopathe met bout à bout des morceaux de cadavres de femmes, dont la tête de sa sœur, afin de créer la femme parfaite, l’aimer et donc lui faire l’amour. En effet, de la même façon que les ligues de vertu des années 30 ont du donner à tout le monde l’envie de voir Freaks, par des descriptions que même des publicitaires n’auraient pu imaginer pour attirer le public, celles des années 2000 s’évertuent épisode après épisode à raconter dans le détail tout ce qui s’écarte de la morale et à mener des campagnes contre la série et la chaîne, qui ne font qu’attiser la curiosité du public resté neutre… Ces gens qui disent ne pas aimer, vont quand même très loin et analysent avec précision des choses qu’ils ne veulent pas voir; et qui, comme beaucoup de sites Internet le font, s’amusent à comptabiliser le nombre de scènes de sexe, de violence et les insultes dans les films qui sortent au cinéma.

Beaucoup d’énergie est dépensée, de la même façon qu’à l’époque avec Browning et les projections privées de Freaks aux notables, pour essayer de les pousser à interdire la vision d’une œuvre qui les dérange. Car sur un autre tristement célèbre site Internet, (http://www.parentstv.org/ptc/shows/main.asp?shwid=1726, détaillant sa cabale contre Nip/Tuck), ayant lancé des campagnes contre Nip/Tuck, on comprend ce qui les dérange vraiment, outre la représentation de la violence et du sexe…

Alors qu’à ce niveau, la série, même si elle en parle beaucoup, ne montre rien de vraiment répréhensible, la nudité se limite à des fesses et des seins nus, à l’exception des tétons. Malgré les trésors d’audace déployés, FX, la chaîne qui diffuse Nip/Tuck, n’autorise pas la nudité totale, ni les insultes vraiment trop crues, (Fuck et tous ses dérivés sont interdits d'antenne), à l’inverse des autres grandes chaînes du câble Américain que sont HBO (Oz, Entourage, The Wire, etc…) et Showtime, (Dexter, Weeds, etc…), qui elles autorisent tout. Nip/Tuck n’est donc pas la série quasi-pornographique que certains aimeraient faire croire qu’elle est et elle a aussi, par la force des choses, des limites.

En fait, c’est surtout sur le dédain supposé de Ryan Murphy pour la religion et l’Eglise que les ligues de vertu ont bloqué. En effet, tout comme Browning qui avait fait crier vengeance à l’un de ses personnages dans une église, la série a à son tour œuvré dans le champ du blasphème, Murphy a fait blesser mortellement un prêtre dans une église par l’un de ses personnages principaux et fait passer de supposés miracles de l’Église pour simples supercheries, à chaque fois pour montrer qu’on ne pouvait même plus avoir foi dans la Foi, et donc jamais gratuitement, mais toujours en accord avec le propos de la série au sujet du désespoir…

A cause de cela, ils ont décrété que la série était dangereuse et qu’ils étaient le dernier bastion pour sauver leur vision de la culture, « The sanity of our popular culture dépends on our objections.», (« L’équilibre de notre culture populaire dépend de nos objections. ») allant jusqu’à fustiger les annonceurs, « And you can thank Toyota, Coca-Cola, Victoria’s Secret, and especially the enthusiasts at XM Satellite Radio for sponsoring this garbage for us », (« Et vous pouvez remercier Toyota, Coca-Cola, Victoria’s Secret et particulièrement les personnes enthousiastes de XM Satellite Radio de sponsoriser ces déchets pour nous »).

Au final, on constate que l’audace est toujours suivie de répercussions sur l’œuvre qui se retrouvera alors attaquée et traînée dans la boue. Mais par chance, le public n’a pas délaissé Nip/Tuck comme il l’avait fait à l’époque pour Freaks, bien au contraire, plus le temps passe plus la série de Ryan Murphy enregistre de bonnes audiences la poussant à aller de plus en plus loin dans ses explorations des tabous de notre époque.



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En conclusion, Nip/Tuck est bien une série que l’on peut rapprocher de l’œuvre de Tod Browning par de nombreux critères purement artistiques. Les deux œuvres partagent en effet la même approche du spectateur qui consiste à traiter en apparence de choses affreuses pour au final parler de choses simples. C’est d’ailleurs un peu ce qui caractérise le cinéma de Browning qui a toujours l’air compliqué au premier abord mais qui est au final limpide et très accessible.

Adoptant cette idée, Nip/Tuck, épisodes après épisodes, s’impose de plus en plus comme une série majeure, tout en rendant donc plus ou moins hommage à Browning, avec cet amour partagé pour la différence et les sujets « chocs », ainsi que la perpétuation de ses thèmes de prédilection, mais adaptés à notre époque, permettant ainsi de les actualiser, tout en prenant le temps de les explorer plus en profondeur vu le temps accordé à la série.

Mais Nip/Tuck, développe aussi ses propres thèmes, comme par exemple l’adolescence ou le rapport entre l’inné et l’acquis chez tous ces personnages, en faisant presque une étude sur le sujet par moments. Elle ne fait pas seulement référence à Browning mais aussi à d’autres réalisateurs, d’Ingmar Bergman, en détournant « pour rigoler » certains de ses procédés, à Jonathan Demme, pour certains tics de réalisation, en passant par des films comme American Gigolo de Paul Shrader.

Le mélange est donc assez hétérogène et plutôt détonnant. Malgré tout cela, la série parvient à garder son identité propre, ou tout du moins à se la créer, et à défaut de mensonge parfait, arrive presque à nous offrir la série parfaite...


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1 commentaires on "Nip/Tuck et l'oeuvre de Tod Browning"

Anonyme a dit…

cest quoi ton boulot? impressionnantes tes critiques... mais tu n es pas le mec de la photo ou alors tu ressembles a s'y meprendre a un acteur du moment..sandra.b2@hotmail.fr

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