vendredi 3 avril 2009

La Nuit les possède - [30 Jours de Nuit]


30 Jours de Nuit




A l'annonce de la nouvelle adaptation d'un « roman graphique », on peut avoir peur, surtout après la débâcle 300. Merci Zack Snyder, le copieur-colleur. (Et Robert Rodriguez, toujours aussi branleur, d'avoir eu l'idée le premier). Mais heureusement David Slade, réalisateur du remarqué mais pas pour autant génial Hard Candy, ne fait pas dans le copié-collé de bouquin mais fait du cinéma. Et ça fait toute la différence.
Partant sur un postulat de bonne vieille série B, des vampires attaquent un village d'Alaska qui va se retrouver sans soleil, (yeah Chris Marker sors), pendant un mois, le scénario traite son sujet à fond, exploitant les possibilités qui s'offrent à lui et pour une fois s'intéresse vraiment à ses personnages. En faisant pour le coup un film humain et pas un énième film d'horreur qui nous sort son petit George Bush illustré comme l'a fait le navrant, pathétique et inénarrable 28 Semaines plus Tard sous couvert de dénoncer des trucs que même le dernier des abrutis sait. Le délai pour que le spectateur en ait plein le cul, c'était 28 minutes. Ici, pas de « grandes » réflexions politiques, pas de grandes envolées genre « Ah l'armée quelle bande de bourrins quand même... », mais une excellente série B comme on n'en avait pas vu depuis un moment.
Les personnages sont la galerie typique de ce genre de films: le shérif (Josh Hartnett, plus à sa place que dans Le Dahlia Noir), son ex-copine (Melissa George, vue dans Alias), son adjoint, son frangin, sa grand-mère, le mec qui vit en ermite et plein d'autres qui ont choisi de rester là pendant ce mois nocturne. Vu comme ça, c'est du classique, du très classique, mais ça marche! Et ils ne sont pas les clichés ambulants qu'ils semblent être, du moins ne ressortent pas comme tels, et surtout, miracle, ils ne sont pas tous totalement abrutis! Difficile à croire. Et pourtant. Même les vampires sont relativement intelligents et paraissent réfléchir un peu avant d'agir bêtement et servir de chair à canon.



La réalisation de Slade est superbe. Ne se contentant donc pas de retranscrire fidèlement les dessins du livres d'images de Steve Niles, Slade fait son film, s'amuse à nouveau en huis clos comme il l'avait fait dans Hard Candy. D'ailleurs Slade ne commet plus les mêmes erreurs que dans Hard Candy, quand ça bouge un peu à l'écran, il ne la joue pas Michael J. Fox mais reste cool et filme l'action, toujours frontalement, mais sans secouer la caméra pour faire « chaotique ». Plusieurs scènes et plusieurs plans sont vraiment géniaux comme ces plans-GTA, vus de haut, du chaos dans le petit village, ou toutes les scènes où les héros rejoignent un nouvel abri.
Le film ressemble à beaucoup d'autres films mais ce n'est pas un mal, ce n'est pas du Tarantino où le jeu est devenu de reconnaître qui il avait pillé les trois dernières années mais c'est plutôt avec plaisir qu'on se dit « Ah tiens ça fait penser à Assaut », à une sorte de Resident Evil, (pas les films qui ont le SIDA bien sur), à La Nuit des Morts-Vivants ou encore à Ghosts of Mars, dans la configuration des lieux et le comportement des vampires, qui ne sont pas juste des créatures là pour hurler et tuer, mais qui ont une vraie consistance et qui laissent entrevoir qu'ils ont un passé.
Pour ce qui est de la violence, on est servis. C'est bien sanglant mais surtout c'est premier degré. Sur les deux heures, il n'y a pas une blague à la con, pas une seconde de 2nd degré, c'est du sérieux. Du méchant. Même les mômes en prennent plein la gueule. Rien que pour ça, ça vaudrait le coup de le voir et de le revoir en pensant aux casse-couilles qui veulent toujours aller aux toilettes ou qui demandent « Il arrive quand Shrek? » pendant les 20 minutes de bandes-annonces. 30 Jours de Nuit est par moments vraiment très sombre comme en témoignent l'histoire de la famille de l'adjoint ou encore l'exécution d'un des personnages, le tout montré très sobrement, sans montage ultra-cut, sans grosse musique, où juste un plan suffit à faire comprendre et laisser imaginer ce qu'il se passe. Vraiment du bon boulot qui ne nous prend pas tous pour des handicapés. Ce qui est appréciable.
Au final, le seul vrai défaut du film est de ne pas assez tirer parti de l'aspect « survival » des 30 Jours du titre! On parle rapidement de nourriture, on évoque le sommeil, Hartnett a son petit duvet de pré-pubère qui pousse mais ce n'est pas suffisant. On a l'impression que tout passe trop vite, surtout vers la fin où les cartons s'enchaînent nous annonçant le décompte de plus en plus rapide des jours sans que les effets, autres que la mort le cas-échéant, se voient sur les personnages. Sans doute une question de rythme. Ce 30 Jours de Nuit est donc une vraie réussite qui se paie en plus le luxe de se finir, (et vraiment se finir là, sans épilogue foireux dans un sex-shop), sur un lever de soleil au moins aussi beau que celui de Blade II, et ça c'est pas rien.



9/10

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