vendredi 3 avril 2009

Everybody <3 Mandy Lane


All the Boys Love Mandy Lane

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Tous les garçons aiment Mandy Lane.
Du moins c'est ce qu'ils disent. C'est surtout son butin qu'ils aiment. Et qu'est ce qu'on n'irait pas dire pour arriver à ses fins avec une fille? Mais justement, là, la fille n'est pas dupe. Elle sait que son corps a changé pendant l'été mais elle est toujours cette lycéenne typique, bien sous tous rapports, qui entame sa seconde année de lycée. Tous les garçons en ont après elle mais elle reste accrochée à son meilleur ami, Emmet, qui comme tous les "meilleurs amis" se contente de ce qu'il a. Tous les regards sont braqués sur elle et elle le sait, elle le sent.
Les garçons feraient n'importe quoi pour elle. Et elle le sait.

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Le point de départ n'est pas des plus originaux. On repart sur le postulat des jeunes qui partent en week-end/vacances/autre et qui vont voir leurs projets, plans de carrière et autres fantasmes sexuels réduits à néant par un/des fou(s)/monstre(s) et sa famille/meute qui vont prendre un malin plaisir (?) à les éliminer, plus ou moins méthodiquement. Ici, les six lycéens vont en week-end dans le ranch de l'un d'entre eux pour ce qui va être un week-end de débauche. Alcool, drogue et sexe.
De préférence avec Mandy pour la dernière partie du programme.
Jusque là, ça paraît totalement cliché et les personnages ne sont à première vue pas en reste... On a donc Mandy Lane, la fille bien, pas du tout dans la culture des excès en tout genre de la plupart des autres lycéens, Emmet, le meilleur ami dénigré par les autres, Chloé, la blonde sexy et désagréable, Marlin, la brune, plus ronde, plus cool et très ouverte sexuellement, Bird, le black sportif et cool, Jake, l'autre sportif moins cool et Red, boute en train et propriétaire par intérim du ranch quand les parents ne sont pas là. En plus de ça, il y'a Garth, le mec embauché par les parents de Red pour garder le ranch qui se ballade toujours avec son fusil de chasse... On ne peut pas faire plus cliché et ici, pas d'ironie ou de pastiche, ces personnages sont traités le plus sérieusement du monde et avec respect. Comme de vrais êtres humains. Et c'est là ce qui différencie ce film de beaucoup d'autres. Le traitement.

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En effet, fait rare dans le cinéma d'horreur, et surtout dans le slasher, les personnages sont vraiment consistants et on arriverait presque à vouloir que "les choses sérieuses", que l'on trouve d'ordinaire si longues à arriver dans les Hostel et compagnie, n'arrivent pas du tout dans ce film et qu'on continue à suivre ces lycéens et continuer à explorer leurs personnalités et leur rapport aux apparences et leur pouvoir. Sans doute le sujet principal du film, mais aussi élément majeur de l'adolescence.
L'apparence est ce qui régit leurs vies: Chloé la blonde sexy qui l'est car elle est anorexique, Marlin qui dispense les faveurs sexuelles comme pour compenser ses rondeurs et les sportifs qui n'arrivent pas à assumer leurs positions de leaders et craquent facilement, cédant à des impulsions débiles, sans penser aux conséquences. Le paraître est si important pour ces personnages qu'une simple vanne aura un effet profond sur eux. Certes, ils ne sont pas matures, ils sont "superficiels" et ont des ambitions de collégiens mais ce sont des adolescents, ils s'amusent et auront le temps de faire face aux choses sérieuses quand ils seront adultes. Mais ils ne le seront jamais vu que quelqu'un les décime un à un. Mais les apparences peuvent se révéler trompeuses comme le démontrera cette scène où Mandy, l'innocente, la jeune fille pure, fera montre d'un pouvoir, à nouveau, de persuasion étonnant auprès de Chloé, au point que cette dernière qui n'avait d'yeux que pour Jake semble presque prête à succomber elle aussi au charme de Mandy s'il n'y avait pas ce tueur à l'extérieur. Et justement le tueur ne fait pas dans la dentelle, ici pas de meurtres alambiqués et ultra-bourrins à la Saw ou même dignes de ceux qu'auraient perpétré un Michael Myers ou un Jason Voorhees dans un mauvais jour, mais des meurtres brutaux et efficaces. Des meurtres pour tuer et non pour rassasier la soif de sang du spectateur qui pour le coup ne rira pas aux éclats à la mort des personnages. Une réussite de nos jours...
En plus de cela, le film met en scène un tueur qui a vraiment de la haine pour ses victimes, qu'il traque et achève mécaniquement, comme l'ont apparemment fait les tueurs de Colombine et autres célèbres tueries scolaires. Un tueur dont l'identité ne sera pas une surprise car au final, très vite révélée, en faisant pratiquement un non événement du fait que de toute façon tout le monde se doute de son identité, c'est trop flagrant. Ses vraies motivations le sont moins. De plus, le look de ce tueur n'en est même pas un, il ne deviendra pas une icône du cinéma d'horreur, il est très, voire trop, banal: un sweater à capuche d'où dépassent quelques boucles de cheveux et un pantalon large... Le seul détail détonnant de cette panoplie est le harnais pour les armes qu'il porte et le fusil de chasse qu'il transporte. Le tueur représente l'expression extrême de ce mal-être adolescent que traîne chaque personnage, si la plupart s'en accommodent et font avec, d'autres plus fragiles, prennent une autre voie... La fin du film, dont il est difficile de parler sans rien en dévoiler et qui rend toute analyse "incomplète", éclairera clairement ce point tout en lui ajoutant une dose d'ambiguïté assez vertigineuse qui fera longtemps réfléchir. Malheureusement, cela rend le final légèrement difficile à encaisser et pourraient pousser les spectateurs les plus paresseux à tirer des conclusions hâtives, mais un petit effort de réflexion et le film vous restera dans la tête un bon moment....

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Le réalisateur, Jonathan Levine, dont c'est le premier film raconte son histoire à la hauteur de ses personnages. Il est aussi au confluent de différentes influences, on retrouve du Gus Van Sant dans le portrait de ces jeunes gens mais aussi du Larry Clark dans leurs propos et leur maturité sexuelle, mais le film ressemble beaucoup au final à un croisement de ce que donnerait la Sofia Coppola de Virgin Suicides si elle réalisait un film d'horreur. On y retrouve le même portrait du désespoir adolescent et des actes mélodramatiques opérés pour des raisons au final futiles mais vitales sur le moment...
Le film n'est pas parfait, il a quelques petits défauts ici et là même si on n'arrive pas à mettre le doigt dessus, mais il a aussi de grandes qualités... La mise en image, et la photographie surtout, très naturelle, où le soleil éclatant inonde littéralement l'écran participent à la captation de l'adolescence opérée par le film. De simples trajets en voitures ou baignades, vues et revues ailleurs, deviennent des moments où on a l'impression que le temps se suspend, comme si cet état devait durer indéfiniment, malgré la menace persistante à laquelle on s'attend sachant ce qu'on est venus voir.
La musique du film, pratiquement entièrement composée de chansons très bien choisies participent grandement à la réussite du film et sur l'excellente utilisation de la musique, Levine rejoint là aussi Coppola. En effet, toutes ces chansons traduisent bien ce qui se passe à l'écran, les chansons ne sont pas qu'illustratives mais elles offrent aux séquences une profondeur qu'elles n'auraient peut-être pas sans lesdites chansons. Les utilisations d'In Anticipation of your Suicide de Bedroom Walls et de Sealed with a Kiss de Bobby Vinton resteront longtemps dans les mémoires, surtout après avoir vu le film dont le charme vénéneux, qui aura remis en question ce qu'on a vu au début, continue d'opérer après la vision... Longtemps après.
Comme si nous avions, nous aussi, été victimes consentantes du charme de Mandy Lane...

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